Bibliographie Russie

AÏPINE Erémeï , 2005, L'étoile de l'aube ,Rocher, 363p.

La Sibérie du Nord-Ouest, fin des années 80. L'espace de trois jours, Démiane, le chasseur khanty, entreprend le voyage qui le mène de son territoire clanique de la taïga jusqu'au village où ses enfants sont en internat. Héritier d'un imaginaire de la forêt où les hommes tirent sur les joues du vent pour apaiser son souffle, où les morts emportent un soleil et une lune dans leur tombe, où l'Ours enfin est un parent tombé du ciel, Démiane voit dans la vie un traîneau délicat à conduire. L'ouvrage donne une vision holistique du monde où tout est lié et les rennes qui font partie de l'univers des Kanthys de l'Est et du Nord sont avec le chasseur traditionnel les principaux personnages du roman. Mais au-delà de l'apparent huis clos avec la taïga, l'homme qui deviendra à sa mort l'Étoile de l'Aube voyage dans le temps et dans les vies: Efim, le vétéran, qui rêve encore du tank allemand qu'il a affronté à mains nues en 1944, Korneev qui parle de la Révolution aux enfants khantys avec l'art des héritiers de la tradition orale, le face-à-face du chaman Sèm-iki et du redoutable Oeil Sanguinaire, «le siècle d'or de l'alcool». Au détour de la route et des mots apparaît l'histoire d'une terre longtemps interdite et d'une poignée d'hommes semi-nomades heurtés de plein fouet par la civilisation. Jusqu'au jour où... le voyage s'interrompt pour Démiane et le lecteur. Le roman inspiré par la vie du père de l'écrivain mêle les légendes, les souvenirs et le souffle de l'épopée khanty. Salué en Russie comme «la saga du peuple khanty», «un cri à l'aide», L'Étoile de l'Aube restitue un regard singulier sur l'histoire soviétique, la parole longtemps confisquée des peuples du Nord, mais signe aussi une page peu connue de la littérature mondiale.

 

BOGDAN, Henry, 1993, Histoire des Peuples de L'Ex U.R.S.S Du IXe Siècle a nos Jours, Ed Perrin.

La désagrégation de l'URSS, commencée en 1990 avec la sécession des Pays baltes, puis sa disparition, entérinée le 31 décembre 1991, et le réveil explosif des nationalités russes et non russes, ont révélé à un monde endormi par la propagande ("la communauté fraternelle des peuples soviétiques ") que les Soviétiques étaient surtout des Russes, des Ukrainiens, des Arméniens, des Ouzbeks, des Géorgiens, des Tchétchènes, des Ossètes, etc. Pour expliquer ce qui se passe et éclairer l'avenir, le professeur Henry Bogdan a écrit l'indispensable ouvrage qui, couvrant plus de mille ans d'histoire, répond aux questions que se posent les gens soucieux de savoir et de comprendre. Comment, du IXe siècle (la Russie de Kiev) à la fin de l'URSS, s'est effectuée l'intégration à la Russie, de gré ou de force, de quelque cent cinquante nationalités de langue et de culture différentes ? Qui sont ces peuples allogènes qui affirment aujourd'hui, parfois brutalement, leur identité ? Quelle est leur histoire ? Quelle a été la politique des tsars, puis de l'Etat soviétique à leur égard ? Enfin, à partir de là, quelles sont les perspectives de cet empire atomisé ?

 

CADIOT Juliette, 2007, Le laboratoire impérial : Russie-URSS 1870-1940, CNRS, 266p.

Tchétchènes, Géorgiens, Moldaves, Bouriates, Iakoutes... Qu'est-ce qu'une minorité ? Comment l'identifier ? Comment la définir ? Par le lieu de naissance ? Par le lieu d'habitation ? Par l'ascendance familiale ? Mais par le père ou par la mère ? Par la langue ? Mais par le dialecte de la maison ou par l'idiome de l'école ? En 1860, en 1917, en 1939, l'empire russe, puis l'URSS recensent. Statisticiens, linguistes, ethnographes débattent, se divisent, polémiquent. L'État, lui, pratique la discrimination, positive ou négative, la déportation, limitée ou massive. Territoires, populations, identités : en décryptant comment le laboratoire impérial russe a déterminé, sur plus d'un siècle et demi, le devenir de l'Est européen, c'est l'actualité la plus vive de notre monde, après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS, qu'éclaire ici Juliette Cadiot. Un essai crucial sur la formation des idéologies nationales.

 

CHARRIN, Anne-Victoire (Sous la direction de), 1994, Les Sibériens. De Russie et d'Asie, une vie, deux mondes, Ed. Autrement, 253p.

Bagne extrême, toundra infinie, Eldorado inépuisable, au-delà des clichés la Sibérie réelle est demeurée pratiquement inconnue des Occidentaux jusqu’à ces dernières années. Car il faut dire et redire, fait rare dans l’histoire de l’humanité, qu’un continent entier a été bouclé, interdit, au secret pendant des siècles. Sur cette terre, pourtant, les peuples autochtones, adeptes du chamanisme, vivant de la pêche, de la chasse et de la cueillette, puis les vagues de migrants, ont élaboré une histoire, leur Histoire. Ils se sont affrontés parfois impitoyablement, ou ont coexisté plus pacifiquement, mêlant toujours leur sang de gré ou de force, d’Orient et d’Occident. Le mépris du système totalitaire pour les cultures de l’Autre a occulté et parfois détruit les mémoires. Aujourd’hui, surgissent de cet univers flou, des visages, des modes de vie, sans bien savoir ce qu’ils sont. Asiatiques et Blancs de Sibérie, colons et colonisés, se débattent dans la tragique opposition des idéologies et des traditions. Certains redécouvrent l’orthodoxie, l’islam, le bouddhisme, le chamanisme, tandis que d’autres s’apprêtent à brader les richesses et à détruire l’environnement pour un profit immédiat. Echapper au rouleau compresseur de l’économie de marché, reconquérir la passé sans succomber aux tentations de l’ethnicisme, assumer son âme métissée, c’est une nouvelle aventure qui commence pour cette région, pour ces hommes oubliés de Sibérie.

 

CHICHLO, Boris, Collection Sibérie: questions sibériennes. Ed. Institut d'études slaves.
Sibérie, Economie, écologie, stratégie, Vol. 1, 1985, 416p.
Recueil de vingt-trois communications présentées au premier colloque international réuni à Paris en mai 1983 organisé par le Laboratoire de slavistique associé au CNRS.
Sibérie, Histoire, cultures, littérature, Vol. 2, 1999, 560p.
Quarante-quatre articles qui soulignent le rôle primordial de cette immense région et qui éclairent le caractère de la Russie des tsars, des bolcheviks et des réformateurs modernes.
Sibérie, Les peuples du Kamtchatka et de la Tchoukotka, Vol. 3,1993, 320p.
Résultats d'une enquête effectuée dans le grand nord sibérien : anthropologie des cultures et des sociétés, sociologie, ethnolinguistique ethnobotanique, médecine, écologie, archéologie.

 

DESPLANQUES, Franck THIBAUDAT, Jean-Pierre, 2005, Nenetses de Siberie, Les Hommes Debout, Ed. Le Chene, 255p.

Ce livre témoigne des conditions de vie des Nénetses de Sibérie dans un environnement extrême et de leur adaptation à une histoire mouvementée. Le reportage photographique est complété par 9 portraits d'éleveurs de rennes, de pêcheurs traditionnels, de villageois touchés par le chômage et le déracinement et de Nénetses qui ont décidé de reprendre leur avenir en main.

 

DOURY Claudine, THIBAUDAT Jean-Pierre (Texte de), 1999, Peuples de Sibérie, Ed. Seuil, 143p.

La Sibérie évoque d’immense espaces qui lient, séparent Orient et Occident. Images contrastées d’une terre où la richesse de l’or et des diamants voisine avec l’apocalypse industrielle et le noir souvenir du goulag. On connaît moins l’existence de 26 minorités autochtones dispersées sur le territoire, mosaïque d’identités aujourd’hui menacées. Claudine Doury, photographe à l’agence Vu, est allée à plusieurs reprises à la rencontre de ces populations. Ses photographies témoignent de vies qui ne sont jamais détourées de leur contexte. Les visages, les gestes simples de la vie quotidienne révèlent la tension d’hommes et de femmes prient entre un héritage toujours présent mais qui s’évanouit et un monde en transformation qui se dérobe à eux. Peuples de Sibérie affirme la nécessité de connaître aujourd’hui ces cultures, vulnérables mais vivantes en dépit de contraintes économiques et politiques pesantes. Le travail photographique de Claudine Doury pose la question du destin de ces peuples et fait signe à nos propres interrogations. (Bernard Laterjet, Président du parc de la Vilette).

 
FERRO Marc, MANDRILLON Marie-Hélène, 2005, Russie, peuples et civilisations, La Découverte, 203p.

Trois cents ans après le règne de Pierre le Grand et au terme d'un siècle qui aura vu la mise en place puis la disparition du régime soviétique, quels sont les contours de la Russie actuelle ? Après les indépendances des anciennes républiques soviétiques, la Fédération de Russie est restée le plus vaste Etat de la planète, avec une population d'une grande diversité (80 % de Russes et plus de 150 autres " nationalités "•), posant la question de l'" identité russe ". Par ailleurs, les mutations récentes de la société et de l'Etat sont souvent perçues selon des schémas simplificateurs. D'où la constante nécessité de rappeler l'histoire complexe des empires russe et soviétique et de restituer la multiplicité de leurs héritages culturels. Cet ouvrage, réunissant les contributions des meilleurs spécialistes des mondes russe et soviétique (pour partie inédites et pour partie reprises de L'état de toutes les Russies, paru à La Découverte en 1993), traite aussi largement la question des nationalités et de la citoyenneté, dressant au passage le tableau de diverses nations - Montagnards du Caucase, peuples de la Volga, peuples du Grand Nord et de la Sibérie... -, ainsi que la question religieuse (l'orthodoxie, mais aussi l'islam, le bouddhisme, le judaïsme, le chamanisme). La mise en perspective de la richesse culturelle et artistique - littérature, architecture, peinture, théâtre, cinéma, etc. - restitue, enfin, la puissance de création exprimée dans l'espace russe et soviétique.

 

GARANGER Marc, HAMA Roberte, 1999, Taiga, terre des chamans, Ed. Imprimerie Nationale, 216p.

Les immensités glacées de la taïga sont un univers clos où se joue le rapport primordial de l'Homme et de la Nature, celui de la magie du chaman qui tisse tant de ressemblances entre peuples sibériens et amérindiens.Pour les peuples de la taïga, Toungouses et Iakoutes, la chasse est échange entre l'homme et la nature. Le chaman obtient la «chance», mais le chasseur doit «rendre» pour le gibier obtenu, d'où un respect quasi écologique envers la nature. La pratique du chasseur donne corps à l'idée de nature vivante et fait naître un imaginaire animiste que soulignent les plans grandioses et les détails symboliques des prises de vue de Marc Garanger.

 

GAUTHIER Yves, GARCIA Antoine, 1999, L'exploration de la Sibérie, Ed. Acte Sud, 470p.

Entre les premiers aventuriers cosaques franchissant l’Oural et l’ouvrier stalinien qui parcourt à vélo le Taymir, ce véritable continent qu’est la Sibérie vit progresser nombre d’explorateurs. Etrangers aux services des tsars, décembristes d’Irkoutsk curieux du lieu de leur exil, cartographes infatigables accompagnés de guides indigènes dévoués, ils réduisirent les taïgas inquiétantes, les toundras désolées, les montagnes inconnues, à une carte dont le lac Baïkal est le fleuron, à un pays que ne limitent plus que l’Amour et les océans Arctique et Pacifique. Au fil d’anecdotes, de portraits, Yves Gauthier et Antoine Garcia nous content avec rigueur, cartes à l’appui, illustrée de documents parfois inédits, l’exploration d’une région du monde jusqu’à peu encore si méconnue qu’il n’existait aucun ouvrage de fonds similaire.

 

KAPPELER Andreas, 1994, La Russie, empire multiethnique, Institut d’études slaves, 415p.

Ce livre est important. Il n’est surtout pas une énième Histoire de Russie qui simplement engloberait l’appendice « colonial » de ce pays. Paradoxalement sans doute, mais sûrement, il établit les bases sur lesquelles il sera un jour possible d’écrire – ce qui n’a encore jamais été fait – une Histoire des Russes. Loin de reprendre la polémique sur les éternelles « questions maudites » – toujours aussi désespérément russocentristes dans un État où les Russes ont, presque toujours, été minoritaires et où le Pouvoir n’a jamais fait grand cas de leurs intérêts – il aborde de face la question préalable, impertinemment posée en 1915 par André Biély dès la première ligne de son roman Pétersbourg : « Mais qu’est donc notre Empire russe ? » En réintroduisant dans le débat la dimension, aussi nouvelle en historiographie que constante dans la réalité historique, du multiethnisme, Andreas Kappeler n’apporte pas un point de vue complémentaire – et donc secondaire – qui viendrait éclairer de façon marginale l’une des facettes de l’histoire, déjà connue, d’un État « comme les autres ». Il met en lumière le ressort essentiel de l’activité de l’État en Russie, dévoilant par là-même sa nature profonde.Institut d'études slaves

 

LATREILLE, Francis, 2003, Dolgans, les derniers nomades des glaces, Ed. Hors collection, 160p.

Les Dolgans ne sont plus que 250 à vivre dans la toundra du Taïmyr, dans le Grand Nord sibérien. Un territoire de la taille de la France, couvert de neige dix mois par an et où les températures peuvent descendre à - 60 °C. Le photographe Francis Latreille est allé à la rencontre de ces derniers nomades des glaces, a vécu avec eux la transhugiance de leurs immenses troupeaux de rennes, leur isolement effroyable durant la nuit polaire et leurs épreuves au quotidien. " Résister à de telles températures, passer plus de trois mois par an dans la nuit totale, sans électricité, avec pour unique source de chauffage un petit poêle à bois ; dépenser autant d'énergie pour survivre ! Il serait si simple de baisser les bras, de choisir le confort, de transiger avec les traditions, bref d'aller s'installer en ville comme les autres... Au début, j'étais intrigué. Que peut-il rester d'humain quand on passe tout son temps à se battre pour assurer son existence ? " C'est au contraire une communauté étonnamment heureuse et sereine que Francis Latreille a découverte et qu'il raconte dans ce superbe et émouvant " carnet de route ", illustré de photos magnifiques, de dessins et d'objets dolgans

 

LE BERRE -SEMENOV Marine, 2009, Renaissantismes et renaissance des Peuples du Nord: Evolution de la Question Autochtone en Republique Sakha (Yakoutie) dans le Contexte des mutations post-sovietiques,Ed. Peeters,403p.

M. Leberre Semenov analyse la stratégie identitaire ethniciste des élites sahkas qui ont essayé par ce biais durant les quinze dernières années d’asseoir leur pouvoir politique et culturel sur leur territoire, pour s’en voir récemment dépossédées par la révision politique préconisée par Vladimir Poutine, désireux de contrôler les richesses minières considérables de leur république. Selon cet auteur, cette stratégie « identitaire » a créé de nouvelles divisions difficiles à surmonter.

 

LEETE Art, 2007, La guerre du Kazym : Les peuples de Sibérie occidentale contre le pouvoir soviétique (1933-1934, L’Harmattan, 320p.

Comment s'est déroulée la soviétisation des aires boréales de la Russie ? Comment les chasseurs, pêcheurs, éleveurs de rennes qui les habitaient ont-il réagi à la mise en œuvre de la politique bolchevique ? C'est seulement dans cette dernière quinzaine d'années que l'on a découvert l'ampleur de leur résistance. Jusque dans les années 1930, celle-ci s'est exprimée parfois de manière extrêmement violente. Les révoltes ont été impitoyablement réprimées et leur mémoire a été étouffée, non seulement dans le discours officiel, mais également par les victimes survivantes. Cet ouvrage est le résultat d'une recherche qu'Art Leete a entreprise au cours de ses travaux de terrain en Sibérie occidentale. Il se concentre sur les événements qui se sont déroulés en 1933 et 1934 dans la région du haut cours du Kazym et qui ont abouti à l'exécution de cinq officiels soviétiques par les Khantys et les Nenets exaspérés. Pour comprendre ce qui s'est passé, l'auteur explore toutes les données disponibles et éparpillées : témoignages, souvenirs, légendes, documents d'archives. Il essaye de faire entendre la voix des uns comme des autres, de confronter ces sources si différentes, de les recouper, non sans prendre en compte la spécificité de chacune d'entre elles. Il émet des hypothèses et réfléchit sur les nombreuses questions que ces événements ne manquent pas de susciter.

 

MAJ Émilie, LE BERRE -SEMENOV Marine, 2010, Parlons sakha, langues et culture iakoutes, L'Harmattan.

Les Iakoutes vivent dans un environnement de taïga, très différent de leur steppe d’origine. Ils y élèvent, jusqu’au-delà du cercle polaire, des vaches et des chevaux, pratiquant, pour les seconds, un élevage extensif dont les techniques s’apparentent au gardiennage des rennes pratiqué par leurs voisins toungouses. Le livre présente la langue et la culture des Iakoutes et propose un lexique et une liste très complète d’éléments bibliographiques. Le CD qui l’accompagne fait vivre le texte, en le ponc- tuant d’extraits sonores issus des traditions orales sakha et de l’ambiance de la grande fête de l’Yhyakh. Ludique, l’ouvrage cont i ent des devinettes que le lecteur pourra déchiffrer en iakoute et écouter sur le CD, et dont il pourra consulter la réponse en fin de volume.

 

MALAURIE, Jean, 2005 (2e édition revue et augmentée), Hummocks 2 : Tome 2, Tchoukotka (Sibérie), Aux origines mythique des Inuit, Ed. Pocket, Coll. Terre Humaine, 619p.

Jean Malaurie arrive enfin en Sibérie nordorientale (Tchoukotka), berceau de la civilisation Inuit! Aujourd'hui, au terme de cette étonnante mission d'enquête de 42 ans, sur l'immense espace du Groenland à la Sibérie, relatée dans les quatre volumes d'Hummocks, l'auteur s'interroge encore sur cet extraordinaire site chamanique : l'Allée des Baleines. Il est le premier Occidental, en septembre 1990, à étudier ces îles sacrées, sanctuaire d'Aghwooq, la baleine inuit. Dans un temps profond, les Inuit préhistoriques hypersensorialisés perçoivent l'esprit de la matière; ils nous le révèlent dans leurs mythes surréalistes où l'homme-oiseau, l'homme-loup, dialoguent dans une nature édénique. Dans ce Moby Dick béringien, les chasseurs, maîtres des nombres et des orientations sacrées, vivent une véritable cosmo-dramaturgie. On ne va pas vers le Pôle, on monte vers ce haut lieu sacré. Dans cet ouvrage, Jean Malaurie explore aussi, avec sa grande expérience, les travaux de Béring et de ses prédécesseurs russes. Il nous fait également participer à la création de l'Académie polaire d'Etat, à Saint-Pétersbourg, dont il est l'un des fondateurs et où sont formés les cadres de la Sibérie de demain.

 
MOLDANOVA Tatiana, 2007, Les caresses de la civilisation, Paulsen, 144p.

Inspirée par une chanson de la grand-mère khantye de l'auteure, ces nouvelles narrent la douleur et l'agonie de deux générations de femmes khantyes emportées dans les événements tragiques qui ont secoué la région du Kazym en Sibérie occidentale, alors en plein boom industriel dans les années 1930 «Effrayants, les arbres, l'eau étaient envahis d'une noirceur de plomb. L'angoisse suintait de partout. Il semblait à Tatiana que l'acide venimeux de la civilisation, inconnu du peuple khanty, dévorait la forêt, rampait au fil de l'eau. L'acide avait gagné les rames, les tolets, s'était glissé dans la barque, infiltré dans son ventre.» Il aura fallu plus d'un demi-siècle pour que, sous la plume d'un écrivain sibérien, résonne la douleur des femmes khantyes, emportées dans la tourmente qui a secoué la région du Kazym dès les années trente du XXe siècle. Leurs filles connaîtront une autre descente aux enfers, où le bruit des armes aura laissé la place aux «dures caresses de la civilisation». À la fois récits de vie et fiction, les deux oeuvres de Tatiana Moldanova, publiées pour la première fois en Occident, brossent l'angoissant destin des femmes autochtones de la Sibérie.

 

MUSCH Tilman, 2008, Espaces nomades bouriates : L'éleveur face à ses environnements en Sibérie et en Mongolie, L'Harmattan, 282p.

Changeant périodiquement de lieu d'habitation : le nomade devrait avoir une autre vue de l'espace que le sédentaire. Et pourtant, la relation du nomade avec " son " espace n'est pas moins profonde que celle du sédentaire. Comment le nomade conçoit-il son environnement ? - Retracer une esquisse des espaces nomades en suivant le regard du nomade, tel est l'objectif du présent ouvrage qui aborde notamment la construction d'une " topographie nomade ". le nomadisme des Bouriates servira de base principale aux réflexions fondées sur des témoignages oraux bouriates dont la plupart ont été collectées par l'auteur auprès des Bouriates d'Aga, de la Mongolie, de la Sèlèngè, des Bouriates de l'Ouest et des immigrés rentrés de Chine. Ces témoignages oraux constituent une sorte de " mémoire collective " plus fiable, dans ce cas précis, qu'un quelconque témoignage historique, car elle permet d'adopter la perspective de ceux qui ont vécu et pratiqué le nomadisme.

 

NORDENSKJOLD Adolf Eric, 2011, Un hiver chez les Tchouktches, Nicolas Chaudin, 192p.

Le 20 juillet 1879, l’explorateur Adolf Erik Nordenskjöld réussit, à bord du Véga ce que nombre de navigateurs avaient vainement tenté depuis plus de trois siècles : le passage du Nord-Est. Mais ce ne fut qu’au terme d’un hivernage long de dix mois près des côtes de la Tchoukotka. L’expédition internationale qu’il dirige en profite pour étudier les mœurs des peuples de ces confins de la Sibérie, les Tchouktches. Nordenskjöld relate cette aventure et cette rencontre dans une longue lettre adressée à son mécène Oskar Dickson. Jamais réédité depuis lors, ce texte est présenté par l’écrivain voyageuse Karin Huet, qui est partie en 2009 sur le Manguier, suivre les traces de Nordenskjöld et franchir le passage du Nord-Est.

 

OMRUVIE, Charles WEINSTEIN (Traduction du Tchouktche et préface par), 2008, Omruvié, Éleveurs de rennes, Ed. Autrement, 96p.

Jamais, dans l'histoire des Tchouktches, un éleveur de rennes ne s'était perdu. Comment expliquer, alors, la disparition soudaine de Maravié ? Omruvié, en racontant la vie des éleveurs de rennes, renoue avec la mémoire et la langue de son peuple aujourd'hui menacé. A travers ce récit il évoque, de façon sobre et émouvante, la destruction des plus vieilles traditions tchouktches par les plans de collectivisation soviétique.

 
RADVANYI Jean, 1990, L’URSS, régions et nations, Masson.  

ROUGINE Roman, 2008, La chatte qui a sauvé le monde et autres récits sibériens, Paulsen, 232p.

Au coeur de la taïga, loin des mirages des espaces sauvages, des histoires sacrées racontées dans les années 1990 par les anciens du village natal de l'auteur. A travers ces contes, ces légendes et ces récits contemporains, l'auteur veut défendre la mémoire et la culture des Khantys, peuple dont le pouvoir soviétique s'était acharné à gommer l'identité. La chatte qui a sauvé le monde Savez-vous pourquoi les cygnes sont blancs ? Avez-vous entendu parler de la terrible guerre des animaux qui marchent et des animaux qui volent ? Connaissez-vous la fascinante histoire de l'Homme de la taille d'un petit doigt ? C'est ce que narre - et tant d'autres merveilles - La chatte qui a sauvé le monde. « Voilà d'où vous venez », rappellent ces contes et récits, transcrits par Roman Rouguine, aux habitants des rives de l'Ob, en Sibérie. « Voilà qui vous êtes, voilà ce que vos ancêtres racontaient et que vous avez oublié. » Une fresque mythologique colorée, qui ressuscite la mémoire et l'imaginaire du peuple khanty.

 

RYTKHEOU Youri, 2002, L'étrangère aux yeux bleus, Actes Sud, 273p.

Une jeune ethnographe russe débarque en 1947 à Ouelen, petit village au bord du détroit de Béring, dans le but de nomadiser dans la toundra avec une tribu tchouktche d'éleveurs de rennes. Séduite et fascinée par un jeune Tchouktche rencontré dès son arrivée, elle l'épouse et part vivre avec lui au sein de sa tribu... Roman d'amour pour un peuple à jamais perdu, destin fascinant d'une scientifique rattrapée par sa passion, constat lucide et sans concession des absurdités de l'histoire, ce livre d'un écrivain tchouktche aux prises avec sa mémoire est un véritable plaidoyer spirituel pour les derniers chamanistes. Youri Rytkhèou est né en 1930 à Ouelen (ex-URSS) ; il appartient à l'ethnie tchouktche, cousine des (nuits, qui compte aujourd'hui quelque dix mille représentants. Il vit entre Saint-Pétersbourg et sa Tchoukotka natale. Il est l'auteur de nombreux romans, tous consacrés à l'histoire de son peuple sibérien, parmi lesquels Unna (Actes Sud, 2000), qui a reçu le prix RFI-Témoin du monde.

 

RYTKHEOU, Youri, GAUTHIER, Yves (Traducteur), 2004, Unna, Ed. Actes Sud, Coll. Babel, 253p.

La carrière d'Unna, petite fille de la toundra tchouktche, est tout bonnement exemplaire. Précocement russifiée, sédentarisée et convertie aux valeurs soviétiques, elle s'arrache sans regret à son milieu d'origine, affirme ses qualités de militante, poursuit une impétueuse ascension politique. Mais quelques faiblesses se manifestent lorsque, jeune femme, elle croise le chemin d'un violoncelliste juif dont elle s'éprend. Alors le vent tourne pour Unna, ou plutôt contre elle et sévèrement. La fiction condense ici magnifiquement l'histoire collective pour témoigner de la dépersonnalisation de tout un peuple soumis dès les années 1960 à un inexorable processus d'acculturation. Unna a reçu le prix RFI Témoin du monde 2000.

 

SAMSON-NORMAND DE CHAMBOURG Dominique, 1998, Ilir d'Anna Nerkagui: une page de vie autochtone dans le Grand Nord sibérien, 1917-1997, L’Harmattan, 302p.

Dominique Samson présente ici une page du XXe siècle de l'Arctique sibérien à travers l'histoire des Nénètses, peuple samoyède du Grand Nord. Cette approche thématique - toundra, tchown, clans, renniculture, Esprits, tradition orale - d'un univers bouleversé par la Révolution d'Octobre est illustrée par des extraits de l'œuvre Ilir de l'écrivain nénètse contemporain Anna Pavlovna Nerkagui, entrouvrant ainsi l'un des chapitres essentiels d'une Histoire autochtone qui n'en finit pas de s'écrire. Celui d'un monde traditionnel survivant dans ces quelques pages et bientôt renversé par les trains rouges de Lénine : " Les Nénètses sont d'incorrigibles optimistes. Un peuple polaire où l'extrême fait figure d'ordinaire, des Esprits-Maîtres que la modestie pousse à se percher sur un arbre ou écumer les eaux d'un lac plutôt que d'étouffer sous les ors d'une Eglise, une civilisation en équilibre sur le renne, l'harmonie avant le progrès : pas grand-chose à voir avec l'Homme Nouveau qui préoccupe la jeune Union Soviétique.. " L'ombre silencieuse des Esprits, piétinée dans la neige, s'est mise brutalement à saigner.

 

SAMSON - NORMAND DE CHAMBOURG Dominique, 2010, Le chagrin de l'ours : Les Kanthys du Nord sibérien, Editions OD Indiens de tous pays, 311p.

Les Khantys-Mansis sont les premiers peuples autochtones de Sibérie à s'être trouvés sur la route des Russes dans leur conquête infinie de l'Est. Chasseurs-pêcheurs, éleveurs de rennes, ces semi-nomades vivent dans les taïgas de la rive orientale de l'Ob. A l'instar de ce qu'il s'est produit du nord au sud du continent américain, les Russes n'ont de cesse de broyer ou d'asservir ces cultures tribales dont le mode de vie traditionnel, à l'évidence pour eux, doit disparaître. Comme blottis au sein de la Terre Mère, ces derniers Indiens de Sibérie, trouvent auprès d'elle protection et puisent leur force, notamment sur un plan spirituel et ce, en dépit des graves atteintes à l'environnement dues à une expansion démesurée des industries du gaz et du pétrole. Avec Dominique Samson, qui depuis bientôt une quinzaine d'années se rend fréquemment pour de longs séjours parmi ces peuples, nous entrons en immersion dans les immensités de la taïga, au plus près de réalités tribales séculaires et effectuons une plongée au coeur du chamanisme sibérien et des us et coutumes qui y sont liés. Fondé également sur des recherches en archives ouvertes depuis la fin du régime soviétique, l'ouvrage restitue la complexité de la question des minorités nationales au sein de l'espace russe. Les Khantys-Mansis, mais aussi les Nénètses des Forêts, se sont ingéniés, comme les héros de la littérature, à retourner les armes du colonisateur contre lui. Ainsi le chamanisme s'est-il partiellement construit en interaction avec les Russes, empruntant d'autres traits, dont les jeux rituels de l'Ours, pour affermir les racines de leur futur. Le chagrin de l'Ours est l'écho d'un monde bouleversé.

 

SILBERSTEIN, Jil, 2005, Dans la Taiga céleste : entre chine et russie, l'univers des touvas, Ed. Albin Michel, 496p.

Les voyageurs occidentaux les ont rencontrés sur la Route de la Soie, ils ont fourni bon nombre d'hommes et quelques généraux au redoutable Gengis Khan, on dit même qu'ils sont les descendants des Huns, mais les Touvas, ce peuple de nomades éleveurs convertis au bouddhisme, ont surtout marqué une forte résistance envers leurs grands voisins russes et chinois et leur volonté de centralisation et de sédentarisation, au fil de l'histoire. Précipitée dans le bloc soviétique, la République de Touva proclame sa souveraineté et se dote d'une constitution au moment où l'Union Soviétique s'effondre, mais sans pouvoir vraiment fausser compagnie à la Fédération de Russie... Jill Silberstein est allé à la découverte de cette culture et de ce peuple, les Touvas, a partagé leur vie dans les yourtes, sur la taïga, a pris part à leurs jeux, écouté les instruments traditionnels et les chants de gorge, écouté les récits immémoriaux comme les histoires contemporaines. Parfaitement documenté, extrêmement vivant, ce livre nous entraîne aux confins de l'Europe et de l'Asie à la découverte d'une culture millénaire.

 

STÉPANOFF Charles, ZARCONE Thierry, 2011, Le chamanisme de Sibérie et d'Asie centrale, Gallimard, 127p.

Les peuples d'Asie septentrionale reconnaissent parmi eux des individus doués de qualités hors du commun à qui ils confient la gestion des relations avec le monde invisible. Le terme utilisé en Occident pour les désigner, "chamane", appartient aux langues toungouses de Sibérie. Au cours de rituels destinés à une communauté, une famille ou un individu, les chamanes font surgir dans leurs chants des esprits anthropomorphes et zoomorphes et miment les dialogues, négociations et combats qu'ils mènent avec eux. Par la force ou l'habileté, le chamane obtient ainsi pour ceux qui le consultent la guérison, la fécondité, le succès à la chasse ou le croît du bétail. La diffusion de l'islam en Asie centrale, à partir du VIIIe siècle, ne signe pas la fin du chamanisme, car celui-ci est recomposé avec cette nouvelle religion et, en particulier, avec sa forme mystique, le soufisme. Un phénomène semblable se produit dans les régions où le bouddhisme est introduit à partir du VIIe siècle (Tibet, Mongolie). Dans la nouvelle société musulmane, le chaman remplit généralement une fonction de thérapeute, parfois en association avec l'art du barde. Le XXe siècle a réuni dans un destin commun les chamanes d'Asie centrale et septentrionale, soumis aux persécutions des régimes communistes en URSS et en Chine. Vus comme des alliés de la classe dominante, de nombreux chamanes furent exilés et exécutés. Lorsque les pratiques chamaniques réapparurent au grand jour au début des années 1990, ce fut dans un monde nouveau. Si certains chamanes ont tenu à rester fidèles aux traditions perpétuées dans le secret pendant la période soviétique, d'autres ont choisi de s'adapter au monde urbanisé moderne en vendant leurs services dans le cadre d'associations. Dans les sociétés occidentales, les tenants du New Age prônent un "néochamanisme", dans lequel les rituels de guérison peuvent désormais s'enseigner, se transmettre, voire faire l'objet d'un commerce lucratif.

 

TOULOUZE Eva, 2013, Les Maris, un peuple Finno-Ougrien de Russie Centrale, L’Harmattan, 320p.

Si les Maris, peuple de Russie centrale, ont préservé certaines de leurs traditions finno-ougriennes, ils ont également été fortement marqués par les cultures turciques (tatare et tchouvache) qui les entourent. Intégrés dans l'Empire russe depuis sa naissance, ils sont en contact étroit avec les Russes, dont ils n'ont pas facilement accepté l'autorité. Ces articles présentent l'histoire des Maris, leurs groupes ethnographiques, leur langue, leur culture, leur vie quotidienne. Un DVD nous fait entendre leur langue et découvrir leur environnement et leurs activités.

 

TOULOUZE Eva, SAMSON NORMAND de CHAMBOURG Dominique , 2012, Deux écrivains autochtones de Sibèrie: Erémeï Aïpine et Iouri Vella, L'Harmatan, 378p

Parmi les écrivains autochtones de Sibérie, Erémeï Aïpine et Iouri Vella sont des figures incontournables de la littérature contemporaine. Nés tous les deux en 1948 dans le même village de la taïga de Sibérie occidentale, ces passeurs de mémoire tentent de trouver une issue face aux contradictions au coeur desquelles l'historie russe les place. De l'Union soviétique à la Fédération de Russie, la modernité la plus prédatrice s'ingénie à dévorer tout ce qui forme l'environnement nourricier de leur culture vivante : quelle place y a-t-il pour la création dans le Nord sibérien ?

 

TOULOUZE Eva, CAGNOLI Sébastien, 2010, Les Komis, questions d'histoire et de culture, L'Harmatan, 224p.

Les Komis appartiennent à ce qu'il est convenu d'appeler le groupe permien des peuples parlant les langues finno-ougriennes. Comme leur pays, situé dans le nord-est de l'Europe, fait partie de l'espace multinational qu'est la Russie, on les connaît moins que d'autres Finno-Ougriens comme les Hongrois, les Finnois ou les Estoniens. Cet ouvrage rassemble des présentations générales, des études sur la langue, la littérature, la religion, la société, et s'accompagne du film d'Indrek Jääts Un automne komi

 

TONOLLI, Frédéric, 2007, Les Enfants de la baleine : Un an au pays des Tchouktches de Sibérie, Ed. La Martinière, 168 p.

Entre l’Alaska et la Sibérie, vit depuis des siècles un peuple ancestral : les Tchouktches. Frédéric Tonolli, qui a déjà réalisé trois documentaires sur eux, est parti vivre plus d’un an aux cotés de ces chasseurs de baleines dans le village de Ouélen, à quelques kilomètres sous le cercle polaire. Là-bas, la vie quotidienne est rythmée par les départs en mer, l’élevage des rennes et la brutalité de l’hiver. Mais cette civilisation, marquée par la colonisation russe et la découverte de l’alcool, perd son identité. Dans cet ouvrage réalisé à partir de ses carnets de voyage et de ses photographies, l’auteur fait revivre ce monde méconnu et cette lumière unique : un témoignage émouvant et sensible.

 

TSCHINAG, Galsan (Auteur), VUATHIER, Dominique (Traduction), 2007, Belek, une chasse dans le Haut-Altaï, Ed Philippe Picquier, 159p.

Le vieux Dshakiwek vit seul à l’orée du village, les uns racontent qu’il fut un homme important qui abattit un déserteur, d’autres qu’il ne fut rien de plus qu’un chasseur maladroit. Pourtant c’est lui que choisit notre jeune narrateur pour l’accompagner à la chasse au loup. Surpris par un orage, ils s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Il lui dévoile alors l’histoire de ce fils qu’il n’a jamais reconnu par peur du regard des autres, puis de la perte irrémédiable de cet être que pourtant il a aimé au-delà de toutes limites exceptée celle de l’orgueil. Tschinag nous dévoile les bouleversements qu’entraînèrent les repères imposés par le monde communiste à ce peuple simple.

 

VEQUET (auteur), WEINSTEIN, Charles (traducteur), 2008, Peaux de phoques, TanïgIkotlat, Ed Autrement, 138p.

Au moment où le peuple tchouktche risque d'être décimé par la faim, l'alcool et les suicides, certains habitants de la Tchoukotka tentent tant bien que mal de maintenir les traditions. C'est le cas de Veqet, une femme d'une soixantaine d'années, qui crée des œuvres artisanales en peau et fourrure de mammifères marins et écrit, dans la langue de son pays, des récits, des poèmes et des chants. Peaux de phoque est son premier roman et tient d'ailleurs presque autant du document que de la fiction. Cette histoire, dépourvue de tout artifice, retrace la vie d'une famille si pauvre qu'elle ne peut s'offrir des peaux de renne pour dormir. De là vient ce surnom: les litières en peaux de phoque représentent, là-bas, le signe ultime de la misère.

 

WEINSTEIN, Charles, 2000, Arctique extrême. Les Tchouktches du détroit de Béring, Ed. Autrement, 189 p.

Pendant près de cinq ans, de 1993 à 1998, l'auteur a vécu chez les Tchouktches dans la toundra de l'extrême Sibérie baignée par l'océan glacial Arctique, au nord, et l'océan Pacifique, à l'est. Éleveurs de rennes et chasseurs de mammifères, ce sont les gens, leur conception du monde, leur mode de pensée, la façon dont ils s'expriment, leur tradition orale, leur toute jeune littérature qui l'ont séduit et "attaché". Dans le présent "journal de bord", il a noté, de façon dépouillée, directe, et très précise, ses observations et réflexions. Par petites touches, on voit vivre une communauté avec ses mots, ses rites, ses rires et ses deuils. Un rare document ethnographique, personnel et universel.

 

WENDLANDT Astrid, 2010, Au bord du monde : une vagabonde dans le Grand Nord sibérien, R.Laffont, 288p.

Aimantée par les royaumes de Borée, Astrid Wendlandt est allée explorer la fin du monde connu, le Grand Nord sibérien. Cette Franco-Canadienne, qui a passé son enfance bercée par les contes des Inuits d'Amérique, a voulu partir en quête de leurs lointains cousins asiatiques : les Nenets. La culture inuit a été dissoute dans le whisky, le cholestérol et la social-démocratie. Comment les Nenets survécu de leur côté aux tyrannies des tsars, aux collectivisations forcées et à l'anarchie qui a suivi l'effondrement du régime communiste ? Pourquoi et comment n'ont-ils pas encore été engloutis par la modernité ? Touchée dès le premier abord par la force de vie de ce peuple, l'auteur a décidé d'approfondir son enquête. Certes la folie des grandeurs soviétique a cherché à coloniser ces terres sauvages : les prisonniers des camps ont construit villes, routes et chemins de fer menant au bord du monde, au précipice. Le contraste aujourd'hui est saisisant entre les Russes sédentaires dans leur far west dégénéré de villes en tôles ondulées et la vigueur des Nenets toujours en route dans les grands espaces. Ces nomades, dont l'auteur a partagé la vie de longs mois durant, vivent un quotidien d'un autre âge organisé autour du tchoum, leur tente en peau de renne. Été comme hiver, ils suivent les transhumances de leurs troupeaux de rennes. La générosité, la simplicité de ce peuple, ses croyances et ses coutumes ancestrales laissent à penser avec émotion qu'il reste quelques endroits sur terre où la beauté, la magie et le sacré sont encore à portée de main.