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Planisphère dont la projection a été choisie pour faire figurer de façon visible et accessible les régions où vivent les neuf peuples représentés au congrès de la Coordination Autochtone Francophone, à Agadir (2006).

• Le nom des peuples apparaît si l’on passe la souris sur l’une des régions signalées en couleur.

• Un clic permet d’accéder directementà une carte plus lisible et au chapitre de présentation du peuple concerné.

 

Conception et réalisation : F. PIROT
CNRS - UMR8564 - CCT MASSIG / CRN M2ISA - 2008

Références spatiales :
Système de projection : Robinson
Échelle : 1 / 145 000 000
Sources spatiales : ESRI DCW 1993
ESRI Maps and Data 2002
logiciel ArcGis-ArcInfo 9.1

 

 

Texte de B. Saladin d'Anglure

Au congrès de fondation de la Coordination Autochtone Francophone (CAF), à Agadir, en 2006, étaient présents des délégués de 9 peuples utilisant le français comme langue de communication. Ils avaient aussi en commun de se définir comme « peuples autochtones », selon la définition de l’ONU et de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et non pas comme des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques. Ils avaient aussi choisi de défendre leurs droits à l’ONU, auprès du Groupe de Travail sur les Populations Autochtones (Genève) et de l’Instance permanente sur les questions autochtones (New York). Parmi ces peuples, trois se trouvent encore sous dépendance coloniale de l’État français, soit qu’ils appartiennent à un Département d’Outre-Mer (Amérindiens de Guyane française) ou à un Pays d’Outre-Mer (Kanak de Nouvelle Calédonie et Ma’ohi de Polynésie française); ces trois peuples tentent d’obtenir, non sans mal, de leur colonisateur, reconnaissance et autonomie; mais ils se heurtent à la présence d’une importante population immigrée. Deux autres peuples représentés à Agadir, lesAmérindiens(Innus, Attikamek, Hurons-wendat) et les Inuit (du Nunavik), vivent en Amérique du Nord où ils sont enclavés dans une province à majorité francophone (le Québec), ancienne colonie française conquise par les Anglais et maintenant intégrée dans le Canada, État indépendant à majorité anglophone. Ces autochtones connaissent une démographie plus élevée que celle des non-autochtones et une francisation progressive. Ils négocient depuis de longues années avec les gouvernements du Québec et du Canada la reconnaissance de leurs droits territoriaux et leur autonomie politique.

Les quatre autres peuples représentés à Agadir, vivent en Afrique. Deux d’entre eux en Afrique du Nord et au Sahara (Amazigh et Touareg ); ils ont été sous la domination de la France à des époques oscillant entre les années 1830 (prise d’Alger) et la fin des années 1960 (décolonisation), après avoir été envahis et islamisé par les Arabes, puis dominés par les Turcs. La colonisation française ne se fit pas sans résistance, notamment de la part des Kabyles et des Touaregs, dont l’image était pourtant positive dans l’imaginaire européen, opposée qu’elle était à celle de l’Arabe, dévalorisée. Il y eut en 1881 le protectorat français sur la Tunisie , suivie par la conquête du Sahara (1901), et par le protectorat sur le Maroc (1912). Avec les développements pétroliers et miniers et la militarisation des zones sahariennes d’Algérie, du Niger et du Mali, la vie des nomades a été perturbée, des mouvements de résistance ont vu le jour avec des mesures répressives de la part des gouvernements. Les Amazigh quant à eux se sont organisés en fédération et font entendre collectivement leur voix. Les deux derniers peuples « autochtones » représentés, sont les Peuls-M’bororo, nomades éleveurs de zébus de la zone sahélienne d’Afrique de l’Ouest, et les Pygmées des forêts tropicales d’Afrique centrale. Les M’bororos nomades chevauchent les frontières du sud Niger, du nord-est du Cameroun et de la République Centrafricaine colonisés par la France, surtout au XXe siècle aprés la premiére guerre mondiale. Ils souffrent de marginalisation de la part de certaines populations noires sédentaires qu’ils côtoient et qui réagissent violemment au passage des troupeaux sur leurs terres. Elles prennent leurs enfants en otage et exigent d’importantes rançons en bétail. Des associations de défense des droits des nomades ont vu le jour, qui tentent d’améliorer leur situation, principalement dans le domaine de la santé et de l’éducation. Mais les forces politiques qui ont pris le pouvoir aprés l’indépendance des anciennes colonies leur font difficilement de la place dans leurs programmes de développement. Le dernier peuple présent à Agadir était celui des Pygmées, sans doute le plus défavorisé des peuples autochtones africains, et ceci depuis des siécles. Lui aussi chevauche les frontières de plusieurs États, Gabon, Cameroun, République du Congo, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Ouganda, Ruanda, Burundi… Lors des graves conflits ethniques qui ont affecté leurs voisins, il n’était pas rare qu’on accusât les Pygmées d’être liés à l’ennemi et qu’ils aient été les innocentes victimes de ces luttes fratricides. Bien avant la colonisation européenne, ils souffraient déjà d’exploitation de la part de leurs voisins sédentaires et des contrecoups des raids esclavagistes (arabes ou européens). Tenus en marge de l’école, du développement et même d’une reconnaissance officielle comme peuple, ils sont peu à peu été chassés des forêts en raison de la surexploitation du bois d’œuvre. Initiés au français par les missionnaires belges et français, ils considèrent que cette langue est leur meilleur outil pour sensibiliser l’opinion internationale à leur cause et à leurs besoins.

D’autres peuples minoritaires, utilisant le français comme langue de communication, pourraient revendiquer le qualificatif de « peuple autochtone », et faire appel aux instances et instruments internationaux pour défendre leurs droits. L’avenir dira s’ils décident de choisir cette voie.