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AMAZONIE PÉRUVIENNE

10.000 Ashaninka menacés d'être chassés de leur forêt ancestrale par le projet de construction d’un barrage hydroélectrique géant à Pakitzapango, sur le fleuve Ene.

Ruth Buendia Mestoquiari
Présidente de CARE
Les Indiens asháninka protestent contre ule barragede Pakitzapango.
© David Dudenhoefer.

Le Brésil prévoit la construction de plus de 60 barrages au cours des 20 prochaines années dans les régions d’Amazonie bolivienne, brésilienne et péruvienne, afin de répondre à la demande d’énergie croissante du pays.
Dans le cadre de cette stratégie, en juin 2010, les gouvernements du Brésil et du Pérou ont signé un accord pour la construction d’une série de grands barrages en Amazonie péruvienne, dont le financement sera assuré en grande partie par la Banque Nationale de Développement Brésilienne (BNDES).
Bien qu’il est peu probable que les communautés locales bénéficient directement de tels projets, le gouvernement péruvien considère cela comme une occasion d’accroître ses recettes en devises et de stimuler l’économie locale.
Le gouvernement péruvien a donné le droit de construire les barrages dans sa région amazonienne à un consortium brésilien d’entreprises, dirigé par Electrobrás, une compagnie d’électricité brésilienne et Odebrecht, un géant brésilien de l’ingénierie et de la construction. L’électricité produite sera exportée pour aider à alimenter les centres urbains brésiliens en plein essor – même si la grande ville brésilienne la plus proche est située à plusieurs centaines de kilomètres et que les pertes de transmission électrique sont susceptibles d’être très élevées.

La pièce maitresse du projet est le barrage de Pakitzapango dans la Selva Central, mais la construction d’au moins cinq autres barrages est prévue, notamment le Tambo 40(1).

La construction du barrage de Pakitzapango et des projets associés, représentent des possibilités d’investissements majeurs pour les entreprises privées, la banque Brésilienne et autres banques multilatérales. Le barrage de Pakitzapango, par exemple, coûtera 6 milliards de dollars ; il serait le plus grand barrage du Pérou et figurerait au cinquième rang en Amérique latine en termes de production d’énergie.

Cette concession a été accordée sans consulter, ni même informer, les communautés Asháninka, dont les territoires légalement reconnus couvrent la majeur partie de la région devant être inondée par le barrage.

En 2008, le Ministère péruvien de l’Energie et des Mines (MINEM) a accordé une concession temporaire à la société «Pakitzapango Energia SAC». Cependant, un certain nombre d’entreprises brésiliennes comme Electrobrás et Odebrecht soutient le projet, la dernière ayant été chargée de réaliser des études de faisabilité pour sa construction.

En 2010, l’organisation autochtone partenaire de la Rainforest Foundation UK (RFUK) – la Central Asháninka del Rio Ene (CARE) a engagé des mesures légales aux niveau national et international pour bloquer le renouvèlement de cette concession. Bien que MINEM ne sait pas montré directement réceptif aux revendications des communautés Asháninka, le ministère n’a pas renouvelé la concession au motif que les études de faisabilité du projet n’avaient pas été achevées dans les délais convenus. La décision du MINEM a été portée en appel et l’affaire doit encore être jugée par la Cour Constitutionnelle.

Le Pérou a de nombreuses obligations juridiques dont celle de protéger les droits des peuples autochtones que le barrage ébranlerait, ou violerait. En dépit de la législation nationale, des traités internationaux sur les droits des peuples autochtones que le Pérou a signés (tels que la Convention N°169 de l’OIT(2) ainsi que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et plusieurs autres traités) et des normes internationales sur le développement des infrastructures, le gouvernement péruvien n’a pas consulté de manière appropriée les communautés Asháninka sur le projet Pakitzapango, ou même de les informer.
En outre, il n’a pas entrepris les études requises d’impact environnemental et social à un niveau adéquat pour justifier la construction de ce barrage.
Par ailleurs, l’un des arguments utilisés pour justifier le projet est qu’il contribuera à fournir de l’électricité moins chère aux citoyens péruviens.
Le barrage de Pakitzapango - dont le nom provient de la gorge étroite qui pour les Asháninka est mythologiquement le lieu de naissance des tribus amazoniennes - est la plus récente et la plus grande menace envers les communautés Asháninka de la vallée de l’Ene. Culminant à 165 m de hauteur, le barrage inonderait ou aura un impact sur 734 km2 de forêts et de terres agricoles, dès 2014, affectant plus de 10 000 Asháninka, dont les habitations se situent principalement dans le fond de la vallée, le long de la rivière Ene. Les inondations résultant de la construction du barrage priveraient les Asháninka de leurs moyens de subsistance, les forceraient à migrer vers des régions voisines, détruiraient leur terre ancestrale, causeraient des dommages irréversibles à l’environnement et créeraient une plus grande instabilité au sein de la région. La probabilité de l’émergence d’un conflit dans une région du Pérou qui a subi une violence sociale considérable au cours des dernières décennies, en raison de la présence du mouvement révolutionnaire/terroriste Sentier Lumineux, est également élevée.

Les Asháninka n’ont pas qu’une revendication historique à faire valoir sur ce territoire. Ils ont un droit légal sur celui-ci.

Après des années de soutien de RFUK, les Asháninka ont acquis la reconnaissance juridique de 17 titres communautaires dans la vallée de l’Ene, ainsi que d’une grande réserve communale adjacente.

La Constitution péruvienne et diverses conventions internationales ratifiées par le gouvernement consacrent les droits des peuples autochtones à leurs terres et à être adéquatement consultés sur toute question pouvant les que affecter. La construction du barrage serait une pure violation de ces droits.

Source : The Rainforest Foundation UK

(1) Le Tambo 40 sera le deuxième barrage en construction dans la région qui va également fortement affecter les communautés Asháninka dans les deux vallées Ene et Tambo. Le Ministère péruvien de l’Energie et des Mines (MINEM) a accordé une concession temporaire pour le barrage de Tambo 40, qui a été modifiée pour inclure Pakitzpango. Organisation partenaire de RFUK, Central Asháninka del Río Ene (CARE), travaille en collaboration avec la Central Asháninka del Río Tambo, apportant leur expérience de la campagne Pakitzapango pour aider à élaborer des stratégies pour mettre fin à la construction de Tambo 40.
(2) La Convention N°169 de l’Organisation Internationale du Travail sur les peuples indigènes et tribaux et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones garantissent les droits de ces communautés sur leurs terres et ressources.

Signer la pétition Avaaz pour préserver le territoire forestier des amérindiens Ashaninka