Un article récent (12 janvier 2014) publié dans le journal tibétain Tibet Times (Bod kyi dus bab, http://tibettimes.net/news.php?showfooter=1&id=8447) apporte un éclairage intéressant sur de nouvelles mesures prises par les autorités chinoises, dans la région de Ngawa (Amdo), concernant la suppression des aides financières et de celles à la construction à la suite d’immolations. La région de Ngawa est celle qui a connu le plus grand nombre d’immolation. C’est la première fois que ce fait est mentionné et aucune confirmation ou explication n’a été apportée à ce jour. Katia Buffetrille

12 janvier 2014

Le gouvernement chinois fait preuve de duplicité entre les actions [qu’il fait] en cachette et ses déclarations : de ce fait, on raconte que, ces temps-ci, lorsque le problème des immolations se produit, il accroît [les aides] à la construction et il accorde plus de subventions.

[Des Tibétains] se sont opposés aux politiques de contrôle des moines [mises en place] par le gouvernement chinois dans les monastères tibétains. Un moine du monastère de Kirti-Ngawa (Rnga ba) qui s’est réfugié en Inde car il ne pouvait pas rester au Tibet et qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré à des journalistes qu’en 2011, la totalité des moines du monastère de Kirti se sont opposés à la politique de contrôle du nombre de moines par les autorités chinoises. [Le moine] a dit: « d’une manière générale, depuis l’année 2008, le gouvernement chinois a créé des papiers spécifiques pour les moines. De nombreux cadres officiels et des militaires, formant des ‘équipes de travail’, sont arrivés dans le monastère et ont donné l’ordre d’interdire aux moines de moins de dix-huit ans et aux moines âgés de plus de soixante ans de faire partie des assemblées [d’être enregistrés officiellement] ou de vivre au monastère. Ils ont eu beau en expulser un grand nombre, quand ces ‘équipes de travail’ sont revenues, tous les moines [expulsés] avaient réintégré le monastère. En l’année 2011, arguant du fait que les moines avaient une compréhension limitée de la loi, ils ont annoncé qu’ils allaient emmener environ 1000 moines de 18 à 30 ans dans un centre d’études juridiques, mais cela n’a pas été suivi d’effet. Toutefois, à cette époque, plus de 600 instructeurs politiques ont été postés de manière définitive au monastère, un par cellule monacale.

Ce moine a poursuivi, parlant d’un événement particulier qui s’est déroulé à ce moment-là : « Le 21 avril de cette année-là, au crépuscule, tous les moines sont allés devant le portail du monastère et ont lancé un appel : « si vous voulez nous éduquer, faites-le dans le monastère. Nous avons quitté notre famille et nous sommes entrés au monastère en quête de la libération [du cycle sans fin des renaissances (samsara)]. Le monastère est notre maison et notre famille et, de ce fait, nous n’avons nulle part ailleurs où aller et nous n’irons nulle part. » À ce moment-là, de nombreux policiers armés ont encerclé le monastère et des dirigeants de la province, de la préfecture et du district, ainsi que des fonctionnaires du comité de gestion de la religion rattachés au monastère, sont arrivés et ont procédé à l’éducation. Cependant, bien loin d’écouter ces instructions, les moines ont dit aux Tibétains qui se trouvaient parmi eux : « vous êtes les chiens rampants de la Chine et la honte de votre ethnie. » Après un petit moment, le préfet de la préfecture de Ngawa s’est engagé par écrit, signé de son nom, à n’emmener aucun moine.

Cependant, cette nuit-là à minuit environ, des soldats ont fouillé sans prévenir, l’une après l’autre, les cellules des moines : ils ont volé et emporté toutes les photos du dalaï-lama et tous les objets en lien avec la question tibétaine. Le lendemain matin, un cadre est venu et a déclaré : « Ne divulguez pas ce qui s’est passé cette nuit. Restez calmes. Il n’y a rien à craindre. Tout est réglé. »

On devait apprendre plus tard que cette même nuit, plus de 300 moines originaires de provinces autres, telles que le Qinghai ou [la préfecture autonome tibétain de] Yushu (Tib. Jyekundo), avaient été arrêtés. Détenus pendant plus de deux mois, ils ont été soumis à une éducation politique, puis chacun a été raccompagné dans sa région d’origine avec interdiction de revenir. Ensuite, ils ont menacé [les moines en disant que] tous les moines qui restaient au monastère devaient aller à l’école et que s’ils n’obéissaient pas, on annulerait l’aide financière [donnée à chaque moine], on leur infligerait une amende et on interdirait aux enfants de leur famille (en âge d’être scolarisés] d’aller à l’école.

Au sujet de la manière dont les autorités chinoises trompent les familles et les villages qui ont connu une immolation en augmentant leur aide financière et leur [aide] à la construction, [ce moine] a dit : « au début, quand une immolation se produisait dans un village, dans une famille, les autorités ont réalisé une sorte de test en annonçant de manière impérieuse que toute aide [à ce village, à cette famille] serait annulée. Mais le gouvernement chinois étant toujours dans la duplicité, faisant une chose en cachette mais en déclarant une autre, actuellement dès qu’une immolation se produit dans un village, les aides financières et celles pour la construction sont accrues.

[Le moine] a ensuite exprimé son opinion personnelle concernant la raison des immolations : « Depuis les années 1990, une campagne appelée « aimer son pays, aimer sa religion » a été lancée au monastère de Kirti. Chaque année, le contrôle est accru et les blessures infligées dans le cœur des Tibétains sont de plus en plus profondes. D’un point de vue général, tous les Tibétains, qu’ils soient jeunes ou vieux sans distinction, ont un joyau précieux dans leur cœur : c’est le dalaï-lama. Il est septuagénaire et parce qu’il possède une forme humaine, un jour il va mourir. De ce fait, tous les Tibétains restés au Tibet craignent de n’avoir jamais la chance de le rencontrer en personne et de l’entendre, et chaque heure, chaque minute qui passe voit leur douleur s’accroître. Le premier cri lancé par les immolés est : « laissez le dalaï-lama revenir au Tibet, » puis ils réclament la liberté de religion, de langue et d’expression.

[Ce moine] a également dit que lorsque les autorités chinoises sédentarisent, dans des lotissements, de nombreux pasteurs-nomades du Comté de Ngawa, beaucoup d’entre eux vendent d’eux-mêmes leur bétail en gros - animaux domestiques, chevaux, yaks et moutons - pour déménager dans des villes. Le mode de vie et la culture des pasteurs-nomades qui se sont transmis pendant de nombreuses générations et de nombreux siècles sont en voie d’extinction. Par ailleurs, les pasteurs-nomades qui ont déménagé sont confrontés, une fois arrivés en ville, non seulement à des difficultés linguistiques et [des problèmes] de qualification, mais leurs conditions d’existence empirent et beaucoup de jeunes se retrouvent au chômage.


Écrit par la journaliste Padma mtsho
Traduit par Katia Buffetrille

Le 21 décembre 2013

La non - violence portée à son paroxysme :
les immolations au Tibet

La publication de l’ouvrage de la poétesse tibétaine Tsering Woeser : Immolations au Tibet. La Honte du monde est l’occasion de chercher à comprendre ce qui conduit des tibétains à ces actes extrêmes.

Entretien, le 21 décembre 2013, du GITPA (Patrick Kulesza) avec Katia Buffetrille, ethnologue et tibétologue, spécialiste de la culture tibétaine, chercheur à l’École Pratique des Hautes Études (Veme section), membre du réseau des experts du GITPA pour l’Asie.

Dans quelles régions sont localisés les Tibétains en Chine ?

Le recensement de 2010 de la population en République populaire de Chine dénombre 6.282.187 Tibétains dont 2,716 388 dans la Région Autonome du Tibet, 1.496.524 dans le Sichuan, 1,37 million dans le Qinghai, 488.359 dans le Gansu, 142.257 dans le Yunnan.
La plus grande partie des Tibétains vit dans les régions traditionnelles du Kham et de l’Amdo incluses dans les provinces chinoises du Sichuan, Qinghai, Gansu et Yunnan.
La Région autonome du Tibet est une entité administrative créée en 1965 par les autorités chinoises.
80% des Tibétains vivent en zone rurale.
Il faut préciser que le recensement chinois ne tient compte ni de l’armée, ni de la population des migrants, ni des prostituées.
Le dernier recensement effectué par l’Administration Centrale Tibétaine (ACT), en 2009, estime la population de l’exil à 127.935 personnes, dont 94.203 (plus de 70%) résident en Inde, 13.514 au Népal et 1.298 au Bhoutan.
Un grand nombre de Tibétains vivant en Occident ont refusé de participer au recensement. Leur nombre (sous-estimé) est de 24.553 (1).


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Les nouvelles (rares) qui parviennent du Tibet font état de nombreuses immolations par le feu. Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe ?

La première immolation par le feu d’un Tibétain a eu lieu, non au Tibet mais en Inde, en 1998. Il faut attendre février 2009 pour voir la première immolation d’un Tibétain au Tibet. À ce jour (21 décembre 2013), il y a eu 7 immolations en exil (Inde et Népal) et 124 au Tibet (le Tibet comprenant la Région autonome plus les régions tibétophones du Kham et de l’Amdo incluses dans les provinces chinoises du Sichuan, Qinghai, Gansu et Yunnan, c’est-à-dire un quart de la Chine).

Les différentes sources donnent différents chiffres (125, parfois même 128), ce qui s’explique par la difficulté à obtenir des information. Si, au début, ce fut le fait de religieux (nonnes et moines), surtout du monastère de Kirti, en Amdo, à partir du début de l’année 2012, le nombre des laïcs a largement dépassé celui des religieux. On compte à ce jour 19 femmes (6 nonnes et 13 laïques) et 105 hommes (32 moines dont 2 réincarnations, 9 ex-moines et 64 laïcs). La plupart des immolations ont eu lieu en Amdo et au Kham. En effet, la division administrative chinoise actuelle ne reflète nullement l’organisation traditionnelle tibétaine. Mais si l’on se réfère à cette dernière, on voit qu’il y a eu 103 immolations en Amdo (dont 43 dans la Préfecture autonome tibétaine de Ngawa où se trouve le monastère de Kirti), 17 au Kham, 3 au Tibet central (dont 2 ont été le fait de 2 Amdowas). Une femme de Jyekundo (kham) s’est immolée à Beijing.

Comment s’explique le grand nombre d’immolations dans les régions au nord-est (Amdo) et à l’est (Kham) de la Région Autonome du Tibet ?

Le très grand nombre d’immolations en Amdo et au Kham ne s’explique pas seulement par les événements récents mais aussi par les diverses viscicitudes qu’ont connues ces régions auparavant : l’arrivée de la Longue Marche à Ngawa en 1935 a laissé des traces profondes dans la mémoire des habitants suite aux massacres, destruction de monastères, et à la famine dûe au pillage des stocks de grains par l’Armée rouge ; les “réformes démocratiques” (qui se sont traduites par la formation de coopératives, la confiscation des terres, les dénonciations, l’emprisonnement et l’exécution des « ennemis de classe », l’expropriation des monastères et la « rééducation » politique du reste de la population) ont été « magnanimement » retardées à Lhasa du fait de l’Accord en 17 points, mais mises en œuvre au Tibet oriental dès 1956, entraînant, un peu partout dans la région, des révoltes brutalement réprimées par l’Armée populaire de libération, en 1956 au Kham et 1958 en Amdo. Les massacres perpétrés au nom de la normalisation politique commencent tout juste à émerger du silence dans lequel ils étaient enfouis. L’échec désastreux du Grand Bond en avant (1958-1962) aboutit à une famine d'une ampleur jamais connue en Chine durant ce siècle qui décime une partie de la population au nord et au nord-est du Plateau. Puis, la Révolution Culturelle (1966-1976) et son cortège de violence et d’hystérie collective mettent fortement à mal le capital humain, religieux et culturel du pays. Par ailleurs, les mesures de plus en plus répressives prises contre les monastères, la culture et la langue tibétaine depuis la fin des années 1990 n’ont fait qu’envenimer la situation pour aboutir aux manifestations de 2008 qui, pour la première fois depuis 1959, ont embrasé l’ensemble du Plateau Tibétain.

Jusqu'en 2001, les autorités chinoises considéraient la Région autonome du Tibet (RAT) comme le centre de la contestation contre la domination chinoise. En effet, les manifestations de 1987, 1988 et 1989 n'ont pas eu d'incidence sur les provinces orientales. La RAT était donc particulièrement surveillée. Les politiques décidées par les différents Forums sur le travail au Tibet, cela jusqu’en 2001, concernaient uniquement la RAT. Seul le 5eme Forum en 2010, a pris en compte toutes les régions tibétaines du Sichuan, Yunnan, Gansu et Qinghai. Le Kham et l'Amdo dépendaient des autorités provinciales relativement plus tolérantes, qui ont permis aux habitants de se déplacer, de reconstruire de nombreux monastères, de recevoir les lamas revenant d’exil visiter leur ancien monastère. Ces régions orientales, en particulier l'Amdo, ont connu un développement culturel tout à fait différent de celui de la RAT, avec une incroyable vitalité. Cela a abouti à la création de nouveaux styles littéraires et musicaux ainsi qu’à une production extrêmement importante de livres, de CD, à la naissance d’un cinéma tibétain et à l’apparition de nombreux blogs en tibétain, alors qu’aucun n'existe à ce jour dans la RAT.

Mais divers événements ont changé le cours des choses : la fuite aux États-Unis en 1998 de Arjia Rinpoché, un des grands lamas du monastère de Kumbum en Amdo, puis en 2000, celle du Karmapa (2) ; l’enlèvement en 1995 par les autorités chinoises du panchen-lama (3) reconnu par le dalaï-lama (4) et son remplacement par un enfant de leur choix qui n’a jamais été accepté ni par le clergé, ni par les laïcs. Au début des années 2000, la campagne de «rééducation patriotique» s'est intensifiée et a frappé à son tour les régions de l'est et du nord-est. Les mesures répressives ont non seulement été dirigées contre les monastères, mais l'éducation et la langue ont également été la cible des autorités chinoises. Si le tibétain est enseigné seulement à l'école primaire dans la RAT, dans les régions orientales, il était possible de suivre un cursus en tibétain. Mais en 2010, il a été annoncé dans le Qinghai que le tibétain serait progressivement remplacé par le chinois. Deux ans plus tard, les manuels tibétains ont été échangés contre des manuels en chinois, ce qui a donné lieu à des manifestations pacifiques des enseignants, des élèves et des étudiants, surtout à Rebgong (ch. Xiahe) (5) .

Par ailleurs, en 2000, le programme de développement de l'Ouest était lancé par le Secrétaire général du Parti communiste chinois, Jiang Zenmin. Si le but déclaré était le développement économique, ce programme visait surtout au renforcement de l'unité nationale et à la protection de la stabilité sociale. Il a eu des conséquences importantes pour les Tibétains : migration chinoise très importante, politiques de sédentarisation des éleveurs nomades justifiées par l'État en termes de protection de l'environnement, réinstallation obligatoire des agriculteurs dans de «nouveaux villages socialistes» établis le long des routes, sous couvert d'embellissement. Mais les véritables raisons sont les impératifs de l'exploitation des ressources minières (6) et le renforcement du contrôle social. L'absence de protection de l'environnement et de consultation avec les communautés locales sur l'exploitation minière qui affecte maintenant toutes les régions du plateau tibétain, est l'une des causes de manifestations au cours des dernières années, cela d'autant plus que de nombreuses mines sont situées dans des sites sacrés, chose inacceptable pour les Tibétains.

Quelles ont été les conséquences des manifestations de 2008, l’année des jeux olympiques de Beijing ?

Les manifestations de 2008, ont marqué un véritable changement sur différents plans. Elles ont déjà montré par leur étendue que la demande faite par le dalaï-lama de parler d'un «Grand Tibet» formé de la RAT, du Kham et de l'Amdo, est une réalité. La RAT, une entité administrative créée par les autorités chinoises en 1965, couvre environ le territoire sur lequel régnait le gouvernement du dalaï-lama. Le Kham et l'Amdo, régions progressivement incluses dans des provinces chinoises à partir du XVIIIeme siècle, sous des modalités différentes, connaissaient diverses organisations politiques et sociales.

Jusqu'à l'invasion chinoise, les Tibétains avaient surtout une identité régionale - ils se considéraient comme Khampa, Amdowa, ou Lhasapa - , mais les fondements d'une identité nationale étaient présents : le bouddhisme, une culture spécifique, une langue écrite commune, une même mythologie et une perception claire de leur territoire. L'unité exprimée par les Tibétains en 2008 dans leur rejet de la politique chinoise a certainement grandement contribué à renforcer leur sentiment d'identité nationale et a fait renaître une immense fierté d’être Tibétain. Pourtant, la répression qui a suivie les manifestations a été des plus sévères : multiples arrestations, lourdes peines (y compris la peine de mort), et un contrôle encore plus strict des monastères. Les Tibétains ont alors eu recours à diverses tactiques pacifiques pour exprimer leur opposition à la loi chinoise: mouvements de non-coopération; boycotts; abandon des monastères par les nonnes et les moines pour échapper à la « rééducation patriotique, manifestations de soutien à la langue tibétaine. Ils ont institué le « mercredi blanc » (Lakar), un mouvement qui, par la suite, s’est étendu à l’exil : tous les mercredi (jour de naissance du dalaï-lama), les Tibétains mangent tibétain - souvent une nourriture végétarienne - parlent tibétain, achètent tibétain et portent des vêtements tibétains. Ils se sont aussi exprimés à travers la poésie et la littérature codées, la musique. Récemment, des Tibétains ont refusé d’installer le drapeau chinois sur le toit de leur maison (7). Conjointement à ces mouvements, est apparu un nouveau mode de protestation: les immolations.

Quelles sont les motivations sous-jacentes à ces immolations ?

Plus d’une vingtaine des personnes qui se sont immolées au Tibet ont laissé notes ou testaments, tous adressés aux Tibétains et non à la communauté internationale. La plupart d'entre eux ont appelé à un retour du dalaï-lama, leur maître spirituel (un appel qui peut être aussi une métaphore de l'indépendance), voire ont exprimé clairement leur désir d’indépendance. Certains ont demandé la libération du panchen-lama. Pratiquement tous ont appelé les Tibétains à être unis, à protéger leur langue, leur culture, leur religion.

Qu’elles ont été les réactions des autorités chinoises face aux immolations ?

La réaction des autorités chinoises a toujours été la répression. Les autorités veulent éviter à tout prix que l’information ne passe à l’extérieur. Dès qu’une immolation a lieu, la région est fermée, les communications bloquées. Depuis 2009, les contrôles sur internet, portables et tous systèmes de communication, se sont renforcés. Les autorités ont eu recours à différents moyens pour tenter de stopper les immolations : des sommes énormes (jusqu’à 50.000Y= 6067€) ont été offertes en octobre 2012 à ceux qui dénonceraient un individu qui a l’intention de s’immoler mais aussi aux familles des immolés si elles acceptaient de signer un document affirmant que l’immolation ne visait pas les politiques chinoises au Tibet . Par ailleurs, il était annoncé que les familles des immolés se verraient privées de toute aide gouvernementale et que les projets de développement seraient arrêtés dans les villages où ces actions avaient lieu(8) . Les mesures répressives de plus en plus drastiques ainsi que la sévérité des sentences qui frappe, depuis le début de l’année 2013, parents et relations des immolés considérés comme complices. Les mesures répressives sont de plus en plus drastiques et les sentences frappent, depuis le début de l’année 2013, parents et relations des immolés considérés comme complices. Depuis le mois de décembre 2012, la plus haute cour de justice et le ministère de la police ont fait de l’immolation un crime (9). Cela a conduit à l’arrêt presque total de ces actions. Ce qui pourrait être qualifié de « culpabilité par association » est dorénavant l’un des motifs qui conduit en prison de nombreuses personnes. Un Tibétain, Drolma Khyab a même été condamné à mort sous le prétexte qu’il aurait tué sa femme alors que Kunchog Wangmo s’était immolée le 11 mars 2013 (10) .

Beaucoup de personnes semblaient penser que l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir allait améliorer la situation. Qu’en est-il ?

C’est exact. Un certain nombre de personnes ont même pensé que le père de Xi Jinping connaissant le dalaï-lama, la situation au Tibet allait véritablement s’améliorer. Il n’en est rien. On a même l’impression d’un retour en arrière : internet est encore plus contrôlé qu’auparavant, les correspondants étrangers voient leur visa renouvelé avec beaucoup de difficultés, certains journalistes ont été expulsés (Melissa Chan) ou n’ont pas vu leur visa renouvelé (Paul Mooney), les sites du New York Times et de Blomberg ont été fermés à la suite de la publication d’articles sur la fortune des familles des leaders chinois, Xi Jinping inclus. Selon une collègue américaine, le Tibet est plus difficile d’accès aux journalistes que la Corée du Nord. Les arrestations au Tibet mais aussi en Chine sont de plus en plus nombreuses. Il y a de très nombreux prisonniers politiques tibétains sans qu’on en connaisse le nombre exact.

Y a - t- il des signes en vue d’une reprise des pourparlers entre les émissaires du dalaï-lama et Pékin, dont la derniere table ronde s'est déroulé en 2010 ?

Actuellement, il n’y a aucun signe de reprise des pourparlers mais il faut souligner que toutes les rencontres précédentes n’ont mené à rien. Aussitôt après l’élection de Lobsang Sangyay, les autorités chinoises ont annoncé qu’elles ne discuteraient pas avec « ce soi-disant gouvernement en exil » qu’elles qualifient d’ « illégal ». Si les discussions reprennent, ce sera avec les envoyés du dalaï-lama ce qui mettra bien évidemment à nouveau le hiérarque au centre de la politique sino-tibétaine, alors qu’il s’est retiré en 2011.

1. http://www.geopopulation.com/20130722/demographie-tibet-recensement-de-la-population-en-chine-et-dans-le-monde/
2. Le karmapa, chef de l’école karma-kagyü est l’une des hautes autorités spirituelles du Tibet.
3. Le panchen-lama est la deuxième autorité spirituelle de l’école gelougpa, école à laquelle appartient le dalaï-lama. Il avait un grand pouvoir spirituel mais son pouvoir temporel se limitait à la région de Shigatse (Tsang), où s’élève le monastère de Tashilunpo, siège des panchen-lama.
4. À partir de 1642 et jusqu’à l’invasion chinoise des années 1950, le dalaï-lama était le chef spirituel et temporel du Tibet. Il appartient toujours à l’école religieuse des gelougpa.
5. http://www.tchrd.org/press/2010/pr20101105.html ; [WTNN] World Tibet Network News -- October 27, 2010
6. Voir Gabriel Lafitte Spoiling Tibet : China and Resource Nationalism on the roof of the world, London_New York : Zed Books
7. http://www.rfa.org/english/news/tibet/closed-01072014172046.html
8. http://www.vice.com/read/china-is-paying-tibetans-not-to-set-themselves-on-fire.html
9. http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=32488&article=China+to+punish+families%2c+entire+villages+of+self-immolators
10. http://english.cntv.cn/program/newsupdate/20121212/106613.shtml
11. http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=33880&article=China+puts+husband+of+Tibetan+self+immolator+on+death+row&t=1&c=1

Présentation du livre

Accès au Chapitre Tibet sur le site du GITPA