Un gout amer de déja vu:
Course au développement et question indienne au Brésil


Rapport préparé pour le GITPA par Artionka Capiberibe et Oiara Bonilla


Le Brésil est un grand pays dont la superficie est de 8.511.965 km2. Aujourd'hui, 13,2% de cet espace ont été, par la Constitution, transformés en Territoires indigènes, c'est-à-dire en terres où devraient être garanties aux peuples indigènes des conditions appropriées à leur survie et au maintien de leurs formes sociales et culturelles traditionnelles. Cependant, les entraves à la pleine jouissance des terres déjà délimitées et homologuées sont nombreuses et, pire encore, des terres qu'ils revendiquent ne leur sont pas reconnues.
Le dossier que nous présentons ici n'est certes pas complet.
Il a pour objet de fournir des informations actuelles sur la situation des Territoires indigènes au Brésil.
Il traitera de thèmes centraux et brûlants comme :

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Comme on le verra, les problèmes qu'affrontent aujourd'hui les peuples indigènes ne sont pas nouveaux, ils existent depuis le XVIème siècle quand se produisit l'invasion européenne et l'occupation géopolitique du territoire à des fins économiques, étrangères aux besoins et à la volonté des habitants originels. Si quelque chose a changé, c'est la dimension des problèmes dont la cause est le modèle politico-économique qui gouverne le Brésil depuis longtemps, un modèle qui privilégie et intensifie la voracité du capital, sans mesurer les conséquences néfastes de ce système. En outre, les problèmes se sont chaque jour amplifiés en raison de l'inefficacité, voire de l'incapacité, des agents de l'État qui devaient protéger les populations les plus fragilisées, rompant l'équilibre social.
L'époque moderne s’annonce sombre pour les indigènes et l'on entrevoit la régression imminente des droits fondamentaux conquis tout au long des dernières années.
Il convient d'alerter aussi sur ce qui n'est pas explicitement dit dans notre dossier mais qui apparaît entre ses lignes.
A l'abus de pouvoir économique sur les Amérindiens et à l'inefficacité de l'État comme garant de leurs droits, s'ajoute la frilosité (et, dans certains cas, la partialité) de la justice.
En laissant impunis les assassins et les commanditaires des meurtres d'indigènes, la Justice ferme les yeux sur le maintien du status quo. En rendant aux propriétaires terriens la possession de territoires qui sont, de droit, indigènes, le système judiciaire montre combien il est peu équitable.
Dans ce système, seul le Ministère public s'en tire. Pour rendre compte de ce contexte, nous avons choisi des situations actuelles, représentatives de toutes les questions relatives aux Territoires indigènes du Brésil contemporain et situées dans des régions différentes du pays. Nos exemples vont de la haute Amazonie au nord-est, au centre-ouest et au sud-est. Nous ne prétendons pas, pourtant, épuiser toute la gamme des problèmes que connaissent les diverses ethnies du Brésil, ce serait une tâche impossible car chaque jour surgit un autre cas d'invasion de terres indigènes, de dissémination des maladies des Blancs et du défaut d'assistance sanitaire, d'exploitation de la main d'œuvre et d'assassinat de dirigeants indigènes et cela continue.

Le Brésil a beaucoup changé durant les 70 dernières années (période de grandes transformations socio-économiques vécues dans le pays), il a traversé une longue dictature puis s’est retourné petit à petit vers la démocratie. Cependant, sur le plan économique, il continue à fonctionner sur le mode de l’action prédatrice des ressources naturelles dans le but de produire des richesses. La production de matières premières, qui sont la base de cette exploitation, sert uniquement à alimenter les profondes inégalités sociales en vigueur dans le pays. On ne produit pas de valeur ajoutée ainsi.

Le pays a besoin et il mérite un changement de mentalité, sinon on court le risque de provoquer dans un futur proche, a travers l’épuisement des ressources naturelles, l’extermination des populations indigènes.


Artionka Capiberibe est professeur d’anthropologie à l’Université fédérale de Sao Paulo.
Oiara Bonilla, docteur en anthropologie sociale et ethnologie (2007) est actuellement post-doctorante au Programa de Pós-gradução em Antropologia Social, Museu Nacional, de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro.

 

 

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